Sondage de membres du MFNU sur leur ressenti des inégalité homme-femme

Ressentez-vous personnellement des inégalités entre homme et femme ? Si oui, quelles sorte d’inégalités ?

Thibault (seconde):

« Je pense qu’il y a de grandes inégalités entre les hommes et les femmes. Lors de l’éducation, il y a des stéréotypes associés à chaque sexe qui ne devraient pas l’être. Par exemple, on voit que l’homme est associé à une force physique et de caractère « l’homme ne peut pas pleurer et c’est normal pour une femme de pleurer » mais dans les deux cas c’est faux. Un homme peut très bien être sensible et pleurer et une fille n’est pas obligée de pleurer ou d’avoir une sensibilité exagérée.

Je pense aussi que la plus grande preuve que le sexisme est réel est que quand on parle du mot « sexisme » on pense tout de suite à un homme qui maltraite une femme, qui la considère comme inferieure ; mais c’est faux. Il y a bien des cas comme ça, mais le sexisme masculin existe aussi. Ce sexisme est inférieur, mais ça montre quand même que, dans la mentalité des gens, les préjugés sont omniprésents et même sans réfléchir on cherche un préjugé. C’est très important de changer ca et ça commence dans la base de l’éducation. C’est là qu’on peut éviter ce genre de clichés. »

Alice (terminale):

« Personnellement non, même si on habite dans un pays où les femmes sont moins discriminées que dans d’autres il arrive qu’on entende des remarques sexistes. Après, on se rend compte que, en tant que jeune femme, j’ai autant de possibilités que les hommes de mon âge. »

Professeur femme (invitée):

« Oui, je peux vous donner une anecdote de mon travail. J’ai travaillé auparavant dans une université où j’avais été embauchée pour une mission en même temps que mon compagnon pour les mêmes deux postes. Un collègue de notre équipe qui avait un invité nous a présentés en tant que « Mr. X, le nouveau enseignant de rechercher et sa femme » alors que je travaillais sur le même poste pour la même mission. Donc, pour cet exemple d’inégalité homme femme dans le travail, j’ai découvert que c’était choquant d’être « la femme de » et non sa propre personne, même si mon collègue a commis, sans le faire exprès, cette erreur. On perd notre statut selon si on est « Mr. » ou « Mme. ». »

M.Ballet:

« Dans l’Education nationale, du point de vue d’un professeur, je n’ai jamais ressenti d’inégalités entre homme et femme. En revanche, chez les élèves filles, on le ressent beaucoup dans l’orientation. Elles pensent automatiquement à des orientations littéraires au lieu de scientifiques. Quand on observe les séries L, on remarque que les filles sont bien plus nombreuses. Cependant on constate et c’est un progrès qu’en S le nombre de filles et de garçons a tendance à s’équilibrer.

En ce qui concerne les inégalités entre homme et femme, surtout dans l’environnement scolaire, je ressens que les professeurs ont certains stéréotypes sur le comportement « féminin » et « masculin » des élèves. Ils peuvent parfois juger les élèves qui ne se comportent pas correctement par rapport à ce stéréotype. Ces « règles de norme » se résument à : la fille doit être calme et travailler dur alors que le garçon doit être bruyant  et ne pas travailler correctement. »

M. Edea (Maroc) :

« Je suis professeur au Maroc, dans il y a une situation extrêmement singulière par rapport à ce qu’on peut vivre en  France lorsque on est un homme ou une femme, plus particulièrement une femme. Même en tant qu’homme, je suis dans une situation dans laquelle ma femme ne peut pas sortir seule dans la rue. Effectivement ce n’est pas possible pour une femme seule – qu’elle soit marocaine ou française – de se promener tout simplement, puisqu’elle va vite être sifflée, accostée toutes les 5 minutes, elle n’a pas cette liberté de pouvoir se balader, après c’est propre au Maroc. Après je pense aussi qu’en tant qu’homme, nous avons un combat à mener nous-mêmes, et contre nous-mêmes par rapport à ce que nous avons pu apprendre dans notre propre éducation, dans des manières de faire.

Il faut prendre conscience, que même quand on est fortement pour l’égalité, des fois c’est plus fort que nous, ça se voit quand les gens parlent avec une remarque ou autre. On a une vraie éducation à faire vis-à-vis de soi pour sortir d’un mode de fonctionnement qui est évidemment un regard sur la femme, celui qui prend la femme pour objet, qui considère ou fait des remarques qui peuvent ramener la femme à la femme au foyer même si elle travaille et que c’est ma collègue. Il faut que les hommes fassent un réel travail sur eux-mêmes. »

Leenstra Amandine

Cérémonie d’ouverture du MFNU 2019 perçue par deux collégiens

La cérémonie s’est déroulée dans le très bel hôtel Kurhaus. Nous sommes arrivés en tramway et avons été accueillis dans le hall d’entrée puis nous avons été conduits dans la salle préparée pour la cérémonie.

Sur nos sièges, il y avait un exemplaire du  Canard Diplomatique  qui parlait des thèmes de cette 15ème édition du MFNU. Au début de la cérémonie, des élèves ont défilé dans la salle avec des drapeaux de tous les pays participants. La présidente de l’Assemblée générale a prononcé un premier discours puis a laissé la parole au proviseur du lycée français Van Gogh qui a introduit les thèmes de la conférence et a remercié les personnes présentes notamment l’ambassadeur du Maroc au Pays-Bas qui a assisté à la cérémonie.

La parole a ensuite été donnée à la première conseillère de l’Ambassade de France qui a parlé de ce que la France avait fait pour améliorer la situation de l’égalité des sexes. Après ces discours, des élèves de l’atelier musique du lycée ont chanté des chansons en rapport avec les thèmes du MFNU cette année (égalité des sexes et travail décent).

Le troisième discours était celui de la députée de la seconde Chambre du Parlement : elle a également abordé la question de l’égalité entre hommes et femmes dans un discours incroyable qui pouvait être compris de tous et dans lequel elle a dit que nous avons besoin de diversité. En effet, chacun possède des facultés bien à lui et complète les autres. Ce discours lui a valu des applaudissements nourris. Enfin, la Secrétaire générale s’est exprimée et d’autres élèves ont brandi  des pancartes relatives aux problèmes mondiaux qui allaient être discutés lors de la conférence. Elle a ensuite prononcé un discours sur les femmes et leur place dans la société. La Secrétaire générale s’est exprimée avec une ferveur qui montrait bien sa détermination à trouver une solution pour obtenir une égalité entre les deux sexes. La Présidente a repris la parole et a annoncé officiellement l’ouverture de cette 15ème édition du MFNU.

Lazrak Ghita et Mouttouakil Omar  

Interview de Marie-Hélène de Ny sur son exposition « Infinités plurielles »

Pouvez vous vous présenter en quelques mots?

Je m’appelle Marie-Hélène le Ny, je suis photographe, ou photographiste comme je dis. J’ai fait des études d’arts et j’ai décidé de me consacrer aux arts plastiques en m’intéressant beaucoup aux interactions entre les humains et en essayant de construire un travail artistique à partir des rapports humains.


Vous êtes à l’origine de l’exposition infinités plurielles. Pour les élèves qui n’ont pas eu la chance de la voir, pouvez-vous nous en dire plus? Qu’est-ce qui vous a poussé ou motivé à faire cette exposition?

« Infinités plurielles , c’était une commande du ministère de la recherche qui m’a été faite suite au projet « on ne naît pas femme, on le devient » que j’avais réalisé en 2010. C’était pour moi une façon de faire une espèce d’état des lieux, en tout cas de m’interroger sur l’état de l’émancipation des femmes aujourd’hui. J’avais, en effet, eu l’occasion de travailler avec des femmes, des femmes empêchées, qui étaient très limitées dans leur autonomie. J’étais aussi très agacée par la façon dont on représente les femmes dans les médias. J’ai voulu prendre le contre-pied de « sois belle et tais toi » et de dire aux femmes: « venez comme vous êtes, vous êtes toutes belles et, faites-moi entendre ce qui est important pour vous, ce que vous avez envie de partager, faites entendre votre voix ».

Et du coup, j’ai photographié 192 femmes de 9 à 90 ans, je les ai écoutées et j’ai tout enregistré pour faire entendre leur voix. Cela a donné lieu à une exposition On ne naît pas femme, on le devient qui a été vue par la chargée d’égalité au ministère de la recherche et qui est venue me voir en me disant qu’elle aimerait que je fasse un projet pour mettre en valeur la place des femmes dans les sciences. En France, il n’y a que 25% de femmes dans le monde scientifique et bien évidemment, plus on monte dans les responsabilités, moins elles sont nombreuses. « 

Pouvez-vous nous parler d’une expérience ou d’une femme qui vous a particulièrement marquée que ce soit pendant votre exposition ou votre carrière?

« Alors, c’est difficile parce que j’en ai rencontré un très grand nombre, nous sommes en 2019, cela fait pratiquement quinze ans que j’ai commencé à creuser la question de la place des femmes et de leur sort. Mais une qui m’a vraiment donné l’impulsion de faire ce projet, cela devait être en 2005 ou 2006 avec un groupe de femmes qui apprenaient le français en banlieue parisienne. Je leur faisais faire des portraits que j’appelais « portraits écrits ».

Mon projet, c’était de donner la parole à des femmes qui ne l’ont pas. C’était des femmes qui étaient un peu invisibles dans la société française, qui avaient migré souvent avec un mari et qui vivaient dans les banlieues. Elles ne travaillaient pas, parlaient très peu la langue ou pas du tout. Et cette femme qui venait participer au projet, je l’ai vue deux fois; Elle était voilée mais elle a posé de dos, et elle n’est jamais revenue. Elle a fait porter son texte par sa fille, où elle disait, comme la fois où je l’avais rencontrée qu’elle avait un mari très dur . Elle n’en pouvait plus d’être enfermée, de ne rien pouvoir décider de sa vie. On avait quand même fait son portrait donc elle a été ajoutée dans le projet. C’est une femme qui avait presque mon âge, peut- être deux ans de plus que moi et je me suis dit : « quelle vie elle a , comment c’est possible qu’elle soit à ce point-là abandonnée par l’État ? Personne ne l’aide à faire valoir ses droits ».

Elle était prisonnière. C’est là que j’ai décidé qu’il fallait absolument que je travaille sur la question des femmes. J’avais l’impression que l’on reculait, elle avait des conditions de vie pires que ma grand-mère. L’idée ce n’est pas de retourner vers nos ancêtres, mais d’adopter des modes de vie plus harmonieux. En  même temps, en 2009, il y a eu une exposition au centre Pompidou qui a sorti des œuvres de femmes. J’ai compris qu’il y avait des artistes femmes formidables mais qu’on ne les connaissait pas. Même moi qui avais fait des études d’arts, je n’avais jamais entendu parler d’elles.

Enfin, j’ai rencontré deux femmes formidables. La première est Geneviève Fresque, philosophe qui depuis quarante ans travaille sur la dimension politique des rapports hommes/femmes. Ensuite, Françoise Héritier que j’ai eu la chance de rencontrer, qui est décédée depuis, anthropologue formidable qui a consacré toute sa vie de recherche sur la question des rapports entre les hommes et les femmes.
Donc vous m’avez demandé d’en garder une mais je cite une rencontre qui a été difficile mais un déclencheur et puis deux qui ont nourri ma réflexion sur l’humain.”

Le film hier parlait de femmes fortes dans le monde du travail, tout en mettant en évidence les inégalités qui continuent d’exister. Quels conseils donneriez-vous aux délégués de cette conférence afin d’améliorer cette situation dans le monde du travail?

“C’est difficile, il existe des discriminations invisibles soit parce qu’elles sont ancrées dans les fondements de votre éducation que vous ne les voyez pas ou alors parce que c’est une sorte de litanie répétée par les hommes: les femmes seraient inférieures aux hommes, et certaines femmes en sont malheureusement persuadées.

Pour revenir à votre question, ce serait de veiller tout particulièrement à se poser la question de la discrimination sexuelle dans tous les éléments de la question. Par exemple, il est beaucoup question de la place des femmes dans la résolution des conflits, elles n’y sont pas souvent associées alors que quand elles le sont la paix est plus durable.

Il faut donc toujours viser une réflexion paritaire, cesser de faire des lois qui touchent femmes sans leur demander leurs avis. Il y a des pays ou par exemple les hommes ont décidé que les femmes n’avaient pas le droit d’avorter. Je ne vois pas en quoi cela les regarde, ce n’est pas leurs corps, ni leur vie: ils décident purement et simplement à la place des autres. Il est donc nécessaire de toujours réfléchir à l’implication qu’une décision aura sur la vie des hommes et celles de femmes. Par exemple, on est en train de s’apercevoir que la recherche médicale, est souvent réfléchie uniquement pour un corps masculin, c’est-à-dire que l’on va penser les dosages, les expériences sur un corps d’homme. Or certaines fois, il devrait y avoir des spécificités, on devrait être capable s’interroger sur ce qu’une certaine molécule peut faire aux hommes et aux femmes.

Au lieu de créer de nouvelles lois visant à une parité, il faut faire en sorte que celles qui existent soient appliquées, que l’on mette des moyens en place dans les pays pour que la loi devienne une obligation et pas une recommandation. De nombreux états ont l’air vertueux car ils ont mis des lois paritaires en place alors qu’en réalité les filles ne vont pas à l’école et continuent à être mariées très jeunes. Il faut aller jusqu’au bout du processus dans les conventions internationales, écouter et aller voir les femmes qui n’ont pas été à l’école, ne peuvent pas écrire leurs revendications. Il ne faut pas seulement penser aux choses de manière abstraite: il faut travailler plus près de la population. Ces personnes ont aussi des choses à dire, elles doivent être entendues que ce soit pour résoudre un conflit ou même pour lutter contre le dérèglement climatique: c’est leur vie qui est en jeu.”

Theret Constance

Balayons les inégalités

Blanche Neige qui fait le ménage dès son arrivée chez les sept Nains, Cendrillon qui chantonne en récurant sa maison… Quels beaux exemples pour les petites filles ! Alors qu’on a longtemps estimé que les femmes devaient rester à la maison pour s’occuper des enfants, faire la cuisine, le ménage, etc. et que la plupart des femmes de ménages sont des femmes (tout est dit dans le nom !), n’y a-t-il pas eu la moindre évolution ?

Le ménage au sein du foyer

D’après les derniers chiffres d’Eurostat et de l’office fédéral allemand de la statistique datant de 2018, dans l’Union Européenne, 79% des femmes cuisinent et/ou s’occupent des tâches ménagères chaque jour contre 34% des hommes. Ce serait donc la plupart du temps des femmes qui font la majorité des tâches ménagères dans leur foyer. Mais cela n’a rien d’étonnant après tant de siècles à considérer les femmes comme inférieures aux hommes. Néanmoins, le tableau ne semble plus tout noir puisque sur un sondage réalisé sur une trentaine de lycéens, ¼ ont déclaré que les tâches ménagères sont réparties à peu près également entre l’homme et la femme, et seulement une élève a affirmé que dans son foyer, seule elle et sa mère s’occupent des taches ménagères tandis que son père et son frère ne font absolument rien. La moitié des personnes interrogées ont déclaré que, bien que ce soit leur mère qui fasse la majorité des tâches ménagères, leur père faisait tout de même régulièrement le ménage, les courses ou la cuisine. Les inégalités perdurent mais les progrès constatés, bien qu’insuffisants, sont essentiels pour le futur. En effet, c’est en donnant l’exemple aux plus jeunes que ceux-ci seront incités à en faire de même et à répartir également les tâches ménagères au sein de leur foyer futur et à vouloir la parité dans tous les domaines de leur quotidien.

Cependant, le quart des lycéens ayant participé au sondage ont dit que chez eux c’est une femme de ménage qui s’occupe des tâches ménagères. Malheureusement, à ce niveau-là, il ne semble pas qu’il y est eu le moindre progrès ces dernières décennies.

« Good Housekeeping », ou ‘bonne ménagère’, magazine américain publé en 1908


Les femmes de ménage

D’après un rapport de l’INSEE datant de 2011, 97,7% des aides à domicile, aides ménagers et assistants maternels sont des femmes ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Beaucoup d’entre elles travaillent dans de très dures conditions, commencent parfois leur journée extrêmement tôt le matin et/ou finissent tard, tout cela pour un salaire bien souvent très bas. Ce travail est dévalorisé par la société, on veut rendre les femmes de ménages invisibles et pourtant que ferions-nous sans elles ? Que ce soit dans les endroits publiques ou au sein des foyers les femmes de ménages méritent plus de reconnaissances et de vivre dans de meilleures conditions : il est tant que les choses changent pour elles aussi.

Hattemer Zazie

Interview de M. Barro sur les inégalités des sexes

Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Bonjour, je suis Franck Barro, je suis le proviseur de ce lycée depuis 2016. J’étais en poste en tant que personnel de direction en Tunisie de 2011 à 2016 et avant cela, j’étais en France à partir de 2004.


Pensez-vous que le meilleur moyen de lutter contre l’inégalité entre hommes et femmes est de respecter leurs différences ?

Oui, ça parait être une évidence. C’est la base de la lutte contre les inégalités, qu’elles soient homme-femme ou autre. La meilleure façon de lutter contre ces inégalités est d’être dans le respect l’un de l’autre tel qu’il se présente. Ça paraît tellement évident mais il faut le rappeler car on a tendance à l’oublier.


On peut remarquer que la majorité des professeurs de primaire en France sont des femmes (82% en 2016) alors que ce nombre descend au collège (58,2% en 2016). A votre avis, comment peut-on expliquer ce phénomène ? Peut-on observer le même type de répartition au Lycée van Gogh ?

Je vais commencer par la fin de votre question : Oui, puisque à l’école primaire nous avons un seul homme en tant qu’enseignant et pour le second degré (collège et lycée) nous sommes dans les environs de ce même chiffre. Quant aux explications, il est dur de ne pas tomber dans la caricature. Je crois que traditionnellement les hommes se sentent moins à l’aise dans les métiers qui ont trait aux plus jeunes mais cette différence entre le premier et second degré peut être liée aux ambitions en termes de concours. Je  pense que les filles dans l’ensemble sont, à travers l’éducation qu’elles reçoivent la famille, moins ambitieuses mais cela reste une hypothèse. Si on creusait plus ce domaine, ça serait intéressant de voir les cursus choisis par les enseignants maintenant.
En effet, notre primaire est majoritairement fait de femme et peu sont passées par des cursus scientifiques et si on regarde le nombre d’enseignants dans les matières scientifiques, on remarque que la plus grande partie sont des hommes. C’est lié au préjugé selon lequel il existe des « matières masculines » et d’autres « féminines » et, c’est dès le plus jeune âge qu’on induit chez les filles une moins grande ambition. C’est un partage des rôles très traditionaliste et trop traditionaliste à mon goût. Il y a aussi cette caricature imbécile qui consiste à dire que les filles sont plutôt des littéraires et que les garçons sont plus des scientifiques.


Donc ça serait plus une question d’éducation dès l’enfance ?

Je crois que oui car, moi qui suis dans des lycées depuis un certain temps, je me rends compte que le niveau en moyenne des filles dans les matières scientifiques est égal et même, de temps en temps, supérieur à celui des garçons. Il n’y a donc aucune raison pour que les filles soient moins ambitieuses que les garçons et qu’elles ne soient pas dans des milieux scientifiques.


Quels genres de problèmes d’inégalités des sexes peut rencontrer un proviseur au cours de sa carrière ? Comment peut-il y remédier ?

C’est comme tout à l’heure, le prédéterminisme des filles. On voit cela aussi dans des établissements où j’étais auparavant dans d’autres zones géographiques, pour les questions de racisme, de différences sociales et d’origines. On peut avoir la même nationalité, la même histoire mais selon que l’on est né en France ou ailleurs, on peut ne pas avoir le même regard sur les autres. C’est une lutte au quotidien contre les inégalités qui va de pair avec la lutte constante pour une éducation à la tolérance.


Vous avez certainement entendu parler du #MeToo. A l’avenir, comment est-ce que l’école pourrait mieux éduquer les élèves pour éviter que la nouvelle génération ne reproduise pas les mêmes erreurs que celles dénoncées par ce mouvement ?

Je crois qu’il faut à la fois développer la confiance en soi chez les filles (et les garçons) qui sont victimes des accusations de ce hashtag, en libérant la parole et donner une éducation au refus  de ces comportements, surtout en mettant en pratique l’égalité. C’est aussi un sujet particulier pour moi car je suis père de deux filles donc j’ai aussi ce double regard. Dès le plus jeune âge, il s’agit d’être clair sur l’égalité entre les filles et les garçons et de faire comprendre qu’avant tout ils sont des êtres Humains avec un grand H. S’accepter comme on est, c’est aussi accepter les autres tels qu’ils sont et garder ce principe en tête : « Un garçon est égal à une fille et une fille est égale à un garçon. »


Au cours de votre carrière, avez-vous vu des avancées en matière d’égalité homme femme dans l’Education nationale ?

Quand on vit au quotidien, on ne remarque pas de changement mais quand on observe les sociétés d’il y a 60 ans, on remarque que la représentation de la femme et de l’homme est moins caricaturale maintenant. Il y a des avancées, mais sont-elles assez rapides ?

A mon avis, non, mais il y a des accélérations car, par exemple, jeudi dernier, il y avait une conférence de l’IFO pour la francophonie avec un discours qui affirmait que, justement, nous sommes dans une lutte quotidienne dans le cadre des inégalités des sexes mais qu’on voit les choses avancer à l’échelle de l’humanité. C’est quand même assez amusant de voir, dans le dernier siècle, l’apparition de la première femme pilote, la première femme commandante de bateau, etc. On pourrait appeler ça des fonctions « masculines » mais, depuis les années 70, les choses ont changé. C’est dans ce cadre-là que, pendant le MFNU, sera diffusée, sur les écrans de l’établissement, une exposition du ministère des Affaires étrangères ayant pour thème la féminisation de la diplomatie française.


Leenstra Amandine

Le peuple lutte contre les inégalités : la Chine et Leipzig en 1989

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire » a dit Albert Einstein. En effet, une des plus grandes actions que peut mener un peuple pour montrer son désaccord et agir à son niveau, c’est manifester. La France l’a bien compris et est mondialement connue pour les nombreuses manifestations qu’elle organise régulièrement. Cependant, loin des protestations de la SNCF ou des compagnies aériennes, certaines manifestations populaires ont mené à de réels changements dans la société : c’est le cas de Leipzig et de la Chine en 1989.

Alors que le Mur de Berlin séparait l’Allemagne de l’Est de l’Allemagne de l’Ouest depuis 28 ans déjà, Erich Honecker, promettait que le mur de Berlin durerait encore 100 ans. Pourtant, depuis le 2 mai 1989, la frontière entre la Hongrie et l’Autriche était ouverte et de nombreux Allemands de l’Est utilisait cette possibilité pour rejoindre l’Allemagne de l’Ouest. Ce n’était alors que le début du mouvement populaire qui débuta en Allemagne en 1989. En effet, le 4 septembre 2019 eut lieu la première  « Montagsdemonstrationen » (ou manifestations du lundi en français ) à Leipzig, manifestation pour une réorganisation pacifique et démocratique du pays. Depuis cette date, tous les lundis et malgré la violence de la police de la République démocratique d’Allemagne (RDA), un nombre croissant de manifestants se retrouvèrent à Leipzig jusqu’à atteindre le nombre de 70 000 le 9 octobre 1989.

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Lepizig, 16 octobre 1989

Lors de ces actions les citoyens avaient pour slogan « Wir sind das Volk ! » (« Nous sommes le peuple ! »), slogan illustrant parfaitement leur volonté de réunification de l’Allemagne, les manifestants voulaient être reconnus comme le peuple allemand. De plus, ils passèrent devant le siège de la Stasi sans provocation : les manifestants allumèrent simplement des bougies sur les marches du bâtiment. Ce sont ces manifestations populaires et le soutien de dirigeants importants tels que Wolfgang Berghofer, bourgmestre de Dresde, ou Markus Wolf, ancien chef des services secrets, qui conduisirent  à la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, marquant la chute imminente du régime socialiste de la RDA.

En Chine, entre le 15 avril et le 4 juin de la même année, se déroulèrent également des manifestations populaires appelées manifestations de Tian’anmen ( du nom de la place Tian’anmen à Pékin, capitale de la république populaire de Chine ). Les manifestants, principalement des étudiants, des ouvriers et des intellectuels, dénonçaient notamment la corruption du Parti Communiste Chinois et demandaient des réformes politiques et démocratiques. Bien qu’en Allemagne il y ait également eu des violences faites par la police de la RDA, en Chine la répression du mouvement provoqua plusieurs milliers de victimes civiles. La contestation n’eut pas seulement lieu à Pékin mais s’étendit à de nombreuses grandes villes chinoises telles que Shanghai.

Les manifestants, qui commencèrent aussi à faire des grèves de la faim, ne trouvèrent pas d’accord avec le gouvernement chinois et ce dernier instaura donc la loi martiale le 20 mai 1989, loi visant l’instauration d’un état judiciaire d’exception, au sein duquel l’armée assure le maintien de l’ordre à la place de la police ou en collaboration avec celle-ci. Ainsi, grâce à cette loi, le Premier ministre fit appel à l’armée pour dégager la place Tien’anmen mais celle-ci resta bloquée aux entrées de la ville par la foule. On se souvient notamment de l’image diffusée dans le monde d’un jeune homme seul au milieu de la chaussée, défiant une colonne de chars.

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L’Homme au char, ‘Tank man ‘ lors des manifestations de la place Tian’anmen en 1989 en République populaire de Chine

De plus, l’armée nettoya brutalement la place Tian’anmen dans la nuit du 3 au 4 juin, faisant environ 1800 morts et des dizaines de milliers de blessés. Enfin, en plus des victimes civiles et des arrestations, certains dirigeants politiques furent limogés et placés en résidence surveillée comme le secrétaire général du PCC Zhao Ziyang par exemple. Par ailleurs, à l’étranger, la répression provoqua une condamnation générale du gouvernement chinois.

Hattemer Zazie