Interview de M. Barro sur les inégalités des sexes

Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Bonjour, je suis Franck Barro, je suis le proviseur de ce lycée depuis 2016. J’étais en poste en tant que personnel de direction en Tunisie de 2011 à 2016 et avant cela, j’étais en France à partir de 2004.


Pensez-vous que le meilleur moyen de lutter contre l’inégalité entre hommes et femmes est de respecter leurs différences ?

Oui, ça parait être une évidence. C’est la base de la lutte contre les inégalités, qu’elles soient homme-femme ou autre. La meilleure façon de lutter contre ces inégalités est d’être dans le respect l’un de l’autre tel qu’il se présente. Ça paraît tellement évident mais il faut le rappeler car on a tendance à l’oublier.


On peut remarquer que la majorité des professeurs de primaire en France sont des femmes (82% en 2016) alors que ce nombre descend au collège (58,2% en 2016). A votre avis, comment peut-on expliquer ce phénomène ? Peut-on observer le même type de répartition au Lycée van Gogh ?

Je vais commencer par la fin de votre question : Oui, puisque à l’école primaire nous avons un seul homme en tant qu’enseignant et pour le second degré (collège et lycée) nous sommes dans les environs de ce même chiffre. Quant aux explications, il est dur de ne pas tomber dans la caricature. Je crois que traditionnellement les hommes se sentent moins à l’aise dans les métiers qui ont trait aux plus jeunes mais cette différence entre le premier et second degré peut être liée aux ambitions en termes de concours. Je  pense que les filles dans l’ensemble sont, à travers l’éducation qu’elles reçoivent la famille, moins ambitieuses mais cela reste une hypothèse. Si on creusait plus ce domaine, ça serait intéressant de voir les cursus choisis par les enseignants maintenant.
En effet, notre primaire est majoritairement fait de femme et peu sont passées par des cursus scientifiques et si on regarde le nombre d’enseignants dans les matières scientifiques, on remarque que la plus grande partie sont des hommes. C’est lié au préjugé selon lequel il existe des « matières masculines » et d’autres « féminines » et, c’est dès le plus jeune âge qu’on induit chez les filles une moins grande ambition. C’est un partage des rôles très traditionaliste et trop traditionaliste à mon goût. Il y a aussi cette caricature imbécile qui consiste à dire que les filles sont plutôt des littéraires et que les garçons sont plus des scientifiques.


Donc ça serait plus une question d’éducation dès l’enfance ?

Je crois que oui car, moi qui suis dans des lycées depuis un certain temps, je me rends compte que le niveau en moyenne des filles dans les matières scientifiques est égal et même, de temps en temps, supérieur à celui des garçons. Il n’y a donc aucune raison pour que les filles soient moins ambitieuses que les garçons et qu’elles ne soient pas dans des milieux scientifiques.


Quels genres de problèmes d’inégalités des sexes peut rencontrer un proviseur au cours de sa carrière ? Comment peut-il y remédier ?

C’est comme tout à l’heure, le prédéterminisme des filles. On voit cela aussi dans des établissements où j’étais auparavant dans d’autres zones géographiques, pour les questions de racisme, de différences sociales et d’origines. On peut avoir la même nationalité, la même histoire mais selon que l’on est né en France ou ailleurs, on peut ne pas avoir le même regard sur les autres. C’est une lutte au quotidien contre les inégalités qui va de pair avec la lutte constante pour une éducation à la tolérance.


Vous avez certainement entendu parler du #MeToo. A l’avenir, comment est-ce que l’école pourrait mieux éduquer les élèves pour éviter que la nouvelle génération ne reproduise pas les mêmes erreurs que celles dénoncées par ce mouvement ?

Je crois qu’il faut à la fois développer la confiance en soi chez les filles (et les garçons) qui sont victimes des accusations de ce hashtag, en libérant la parole et donner une éducation au refus  de ces comportements, surtout en mettant en pratique l’égalité. C’est aussi un sujet particulier pour moi car je suis père de deux filles donc j’ai aussi ce double regard. Dès le plus jeune âge, il s’agit d’être clair sur l’égalité entre les filles et les garçons et de faire comprendre qu’avant tout ils sont des êtres Humains avec un grand H. S’accepter comme on est, c’est aussi accepter les autres tels qu’ils sont et garder ce principe en tête : « Un garçon est égal à une fille et une fille est égale à un garçon. »


Au cours de votre carrière, avez-vous vu des avancées en matière d’égalité homme femme dans l’Education nationale ?

Quand on vit au quotidien, on ne remarque pas de changement mais quand on observe les sociétés d’il y a 60 ans, on remarque que la représentation de la femme et de l’homme est moins caricaturale maintenant. Il y a des avancées, mais sont-elles assez rapides ?

A mon avis, non, mais il y a des accélérations car, par exemple, jeudi dernier, il y avait une conférence de l’IFO pour la francophonie avec un discours qui affirmait que, justement, nous sommes dans une lutte quotidienne dans le cadre des inégalités des sexes mais qu’on voit les choses avancer à l’échelle de l’humanité. C’est quand même assez amusant de voir, dans le dernier siècle, l’apparition de la première femme pilote, la première femme commandante de bateau, etc. On pourrait appeler ça des fonctions « masculines » mais, depuis les années 70, les choses ont changé. C’est dans ce cadre-là que, pendant le MFNU, sera diffusée, sur les écrans de l’établissement, une exposition du ministère des Affaires étrangères ayant pour thème la féminisation de la diplomatie française.


Leenstra Amandine

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